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Histoire de Saint Laurent de Trèves

Posted by on 3 juillet 2015

par Rémi Noël

Saint Laurent de Trèves (« Trévidon » à l’époque gallo-romaine), est un antique site fortifié sur l’ancienne voie de Nîmes à St Flour.

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Vue de l’antique « Trévidon » depuis le rocher de « La quille » (Erosion éolienne)

 

La préhistoire

Il y a 5 000 ans, les hommes s’installent ici près des sources dans des campements fortifiés. C’est l’époque des «caps barrés», comme le site du «Castellas» occupé aujourd’hui par le village. Tumuli et pierres à cupules témoignent aussi de cette présence à la fin du néolithique et au début de l’âge du cuivre.

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image3Le rocher des Conques (Can de Ferrières)

 

 L’époque gallo-romaine

image4Cippe gallo-romaine dédiée au dieu Tritullo (1er siècle après J.C.)

Les Gaulois y installent un oppidum nommé «Trevidunum», le dunum (place forte) des trois vallées (Tarn, Tarnon, Mimente).

Ils y vénèrent Tritullo, un dieu guerrier celte, connu grâce à un autel du 1er siècle  trouvé ici en 1802. Son nom est d’origine celte «tris» (trois) et «tullo» (perçant, perforé), signifiant «perforant trois fois».

Ils y exploitent aussi de petits gisements de fer, métal stratégique, qui feront alors la fortune de ses habitants. La toponymie locale en garde la trace dans la dénomination de ses hameaux (« Ferrières », « Ferreyrettes »)

 

 

Tonnance Ferréol, le vainqueur d’Attila

Ce grand homme oublié fut le dernier préfet des Gaules de 450 à 453. Il sauva la France des Huns en 451, commandés par Attila, en convaincant les peuples d’Occident de le combattre ensemble. Il avait une résidence ici à Trévidon où il se retira en 470, jusqu’à sa mort en 486. Son ami Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont Ferrand en témoigne :

«Tu te rendras à Trévidon, où tu verras Ferréolus, le bienfaiteur et le tuteur des Gaules. Tu y apercevras le mont Lozère, plus élevé que le Caucase des Scythes et le Tarn rapide, qui nourrit dans ses eaux limpides un excellent poisson. Mais évite cette montagne dont la cime est battue par d’éternelles tempêtes.»

Le Moyen Age

Il est essentiellement marqué par la famille de Taulignan, seigneurs de Barre et St Laurent. Leurs armes sont intéressantes : le bélier, au centre du blason, peut rappeler l’importance de l’élevage et de la transhumance ovine dès cette époque.

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«Blason en 4 parties avec en coins, une croix d’or entourée de billettes d’or, sur fond  noir (armes de la famille de Taulignan), et deux traits rouges sur fond d’argent (armes des seigneurs de Barre des Cévennes, apparentés aux Blégiers comme le signale le Bélier).

Au centre sur fond bleu, un bélier d’argent à cornes et sabots d’or, avec une étoile d’or au dessus de la tête»

 

Un important château pouvant abriter une centaine de cavaliers est alors construit sur ce site stratégique entre Languedoc et Auvergne.  Le XVème siècle est marqué par la présence d’un grand seigneur, Louis de Taulignan, déjà présent tout jeune au sacre Charles VII à Reims aux côtés de Jeanne d’Arc.

Homme de confiance du roi, il devient son Chambellan en 1445 (responsable du Trésor, des Archives et de la Garde robe royale). Localement, il est chargé de collecter les impôts royaux dans le Gévaudan.

A l’avènement de Louis XI, en 1461,il se fâche avec le roi, se retranche dans ses terres, frappe sa propre monnaie d’or et d’argent à Saint Laurent de Trèves, ce qui provoque la colère royale…. Il se réconciliera avec lui plus tard et décèdera en 1471, après avoir pris le soin de prévoir 5000 messes pour le repos de son âme….

 

La Réforme

Les Taulignan adoptent dès le milieu du 16ème siècle les idées réformatrices de Calvin. Ils transforment en temple l’église de St Laurent en 1563, puis obtiennent en 1568 un pasteur en résidence permanente Jehan Fornier. Ce dernier, premier pasteur en Hautes Cévennes, occupe en 1568 la ferme du col du Rey. Son successeur en 1581, Jean de Ulmo choisit pour résidence le moulin de Grattegals.

La Réforme rayonnera alors en Cévennes à partir de Saint Laurent de Trèves.

Les guerres de religions faisaient alors rage en France. En 1580, le château de St Laurent fut assiégé par les catholiques, mais résista. La paix ne revint qu’en 1598 avec l’Édit de Nantes de Henri IV.

Á sa mort, les troubles reprendront, et la fronde protestante ne prit fin qu’à la paix d’Alès en 1629, où Richelieu imposa le démantèlement des principales places fortes protestantes, dont le château de St Laurent de Trèves en 1633. Il comportait notamment deux grosses tours dont les murailles mesuraient 3,50 m d’épaisseur à la base, et un joli corps de logis de style renaissance.

 

La guerre des Camisards (1702 – 1704)

Le dimanche 23 juillet 1702, à la foire de Barre des Cévennes, des Cévenols exaspérés par les persécutions religieuses décident de délivrer des coreligionnaires emprisonnés par l’Abbé du Chaila au Pont de Montvert.

image6L’Abbé du Chaila

 

 

C’est à la maison Atger du Bosc à Saint Laurent de Trèves où « les premiers attroupés » conspirent et arrêtent les détails de l’opération.

 

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Maison « Atger » au Bosc

 

Ils se retrouveront le lendemain aux Trois Fayards dans le Bougès avec d’autres familles alertées, pour aller au Pont de Montvert et obtenir la libération de leurs prisonniers. Ces événements tragiques aboutiront à l’exécution par les insurgés de l’abbé du Chaila, ce qui entraîna ensuite la Guerre des Camisards.

 A cette époque, la plupart des habitants de Saint Laurent de Trèves sont qualifiés par les autorités catholiques «d’attroupés très dangereux et fanatiques » ;  avec quelques raisons d’ailleurs, puisqu’en 1702, deux célèbres chefs camisards, Abraham Mazel et Gédéon Laporte chassent le curé, brûlent son presbytère et ravagent l’église….

 En représailles, Saint Laurent de Trèves n’échappera pas au « brûlement des Cévennes » ordonné par l’intendant Basville, fin 1703.

Toutes ces guerres de religion ruinèrent la commune, qui ne se relèvera qu’au XIXème siècle suivant, l’inauguration du nouveau temple protestant en 1903 étant le symbole.

image9Temple de Saint Laurent de Trèves

 

 

 

L’époque contemporaine

Saignée à blanc par la Grande guerre et la crise économique qui frappent les Cévennes au début du 20ème siècle, la commune perdra plus de la moitié de sa population.

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Empreinte de « Grallator minusculus » au Castellas du bourg de St Laurent

Dans les années 1970, la création du Parc national des Cévennes, le développement du tourisme, et l’arrivée de nouvelles populations « les néo-ruraux », donneront un nouveau souffle à Saint Laurent de Trèves, qui verra valorisé son site géologique des empreintes de dinosaures, et son ancienne église restaurée pour les besoins d’un spectacle audiovisuel sur ce thème.

 image11Ancienne église de Saint Laurent de Trèves

 

La commune est signataire de la Charte du Parc national des Cévennes. Elle est aussi inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité au titre de ses paysages agro-pastoraux méditerranéens protégés par l’Unesco.

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A NE PAS MANQUER :

 Sites patrimoniaux de Saint Laurent :

–       Empreintes de dinosaures du Castellas (accès libre)

–       Empreintes de dinosaures du Mazel

–       Ancienne église romane (salle d’exposition)

–       Le lavoir médiéval

–       Moulin traditionnel de Grattegals

–       Le rocher des Conques (Pierre à cupules de la Can de Ferrières)

–       Le hameau cévenol du Bosc (Maison Atger, camisard connu sous le nom de La Valette)

–       Les « Montjoies » de la Can de Ferrières

–       Baignades du Tarnon

–       Au col du Rey, départ du sentier VTT

Grande randonnée

–       GR 43 au col du Rey, rejoignant le GR 7 et l’Aigoual

–       Piste équestre des 160 km de Florac permettant de découvrir la variété des paysages du Parc national

Texte et photos : Rémi Noël

 

3 Responses to Histoire de Saint Laurent de Trèves

  1. Deleuze Jean

    Gédéon Laporte est tué d’un coup de mousquet le 22 octobre 1702, avec une douzaine de camisards, au ravin de Témelac par les troupes royales commandées par Poul. Il ne peut être avec Abraham Mazel en 1703.

  2. chambon Philippe

    juste une petite erreur de date concernant la guerre des Camisards:
    – l’incendie de l’église et de la maison curiale de St Laurent de Trèves par la troupe commandée par Abraham Mazel et Gédéon Laporte eut lieu non en 1703 mais le 21 octobre 1702, la veille de la bataille de Témélac ou fut tué Gédéon Laporte (source Henri Bosc, la guerre des Cévennes – Tome 1)

  3. otsi

    Merci Philippe j’ai rectifié la date directement sur l’article

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